mercredi 15 septembre 2010

Ordure..!!

Michel, tu n'as pas le droit, salaud, traitre..!
Oui Michel Houellebecq, c'est bien à toi que je m'adresse..!

Je suis extrêmement déçu.
Non par ton dernier roman.
Ni par cette mégalomanie qui ferait rougir un présentateur télé.
Pas parce que tu aimes toujours les chiens.
Non plus pour ton cynisme ou la noirceur de tes visions.
Je ne te déteste pas de la même manière que certains.

Michel, veux-tu connaitre l'objet de ce courroux..?
Tu viens de détruire plusieurs années de réflexion, plusieurs mois d'écriture, et ce que je voulais être le pilier d'une future et secrète vie accomplie...!

Sous le titre "Glacis", j'étais en train d'avancer dans ce roman dans lequel je tentais d'établir une critique juste et acide sur le milieu de l'art contemporain, avec comme narrateur un peintre classique.
Et voilà sur quoi je tombe : "Son artiste morne au succès retentissant est le héros déprimé des temps modernes, le révélateur des mœurs nées de la société de consommation. Personnage malgré lui, Jed Martin est un peintre figuratif par accident et le cheval de Troie introduit par l'auteur atrabilaire dans une mécanique trop huilée pour être révolutionnaire."

La gifle..! C'est juste exactement le résumé que j'aurais pu écrire sur la quatrième de couv..!
Tu peux vérifier, l'ébauche de cet ouvrage ayant été envoyé à plusieurs maisons d'édition...
Que vais-je faire maintenant..? M'entendre dire que je suis un faussaire, un voleur d'idées, un sous-machin, sous-bidule..? Des mois que je lutte sur l'influence de Jean-Paul Dubois, qui me hante, que je m'interdit de parler de la moindre tondeuse à gazon, et tu me poignardes dans le dos, me coupant l'herbe sous le pied, m'interdisant jusqu'au squelette, jusqu'à la trame, jusqu'à l'essence même de mon travail.

Va, je ne te hais point, si j'avais été plus vaillant, plus courageux, je l'aurai achevé et peaufiné avant toi. Il ne me reste plus qu'à te lire, amer et vaincu.
Mais comme je suis rancunier, je te laisse ici un petit chapitre, histoire de te prouver ma bonne foi et exciter ta culpabilité.

Bienvenue dans la secte « Artiste ». Soyez l’élu. Le titre surpasse tous les diplômes, écrase toute forme d’intelligence, annihile même la beauté physique. De plus, si vous arrivez à vivre de cet art, si vous avez une quelconque couverture médiatique, et un minimum de relations, les portes de la servilité s’ouvriront sur votre passage. Dans le cas contraire, il ne vous reste plus que la case « artiste maudit », qui, avec beaucoup d’emphase et de vanité peut tout de même vous faire accéder à la première catégorie. J’oubliais. Artiste prend toujours une majuscule.
Mais attention. Si vous voulez jouir de vos multiples avantages, n’oubliez pas le principal, vous n’êtes pas comme tout le monde, et surtout vous n’êtes pas n’importe qui. N’omettez ni la présomption, ni la vulgarité, ni la fatuité, ni l’omniscience. Laissez l’obséquiosité opérer.
N’oubliez pas non plus que les fidèles pensent dur comme fer que l’art change ou peut changer la face du monde, vous comprendrez mieux alors le pouvoir délégué, le nombre de cerveaux disponibles. Ensuite, vous avez le choix du style. La condescendance, la complaisance, la trahison, la fausse modestie, l’hypocrisie, la vantardise, la fierté, la couardise, l’opportunisme ; choisissez votre catégorie préférée. Il vous est même permis d’en changer en cours de route, voire de les additionner.
Je ne crache pas dans la soupe, j’ai bu tant de litres de glaire qu’il m’est autorisé d’en parler. Et quand bien même il me plairait à débiter un flot d’insanités gratuites, cela fait aussi partie du code de déontologie. Sur son unique feuillet est inscrit le précepte suivant : «Aucune interdiction n’est possible, la seule chose sacrée est l’Art lui-même, et par conséquent son père fondateur, l’Artiste.»
Ne craignez donc rien, aucune manière déplacée ne pourra vous nuire, rien n’est répréhensible par nos codes et nos lois. A la limite, vous changerez de catégorie. Peut-être serez-vous détesté. Ou idolâtré. Ou les deux. Qu’importe. Vous deviendrez un centre d’intérêt, vous échapperez au commun des mortels, à la fosse commune. Peut-être même vous approcherez-vous un peu plus de la postérité.

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